Vous êtes ici: CARNET DE VOYAGE 2009
Accueil
Samedi 4 juillet
7 :45 Direction Notre-Dame-Du-Portage.
Il pleut des clous
Il pleut des cordes de bois
Il pleut averse
Il pleut à verse
Il pleut à boire debout
Il pleut de Kamouraska à Notre-Dame-Du-Portage
Il pleut depuis Lévis jusqu’à Rivière-Du-Loup.
Il pleut à nous dégoûter de porter des vêtements
Il pleut à s’écœurer du fleuve
Il pleut sans fin
Il pleut, il pleut bergère, rentre tes blancs moutons
Il pleuvait sans cesse sur Brest, ce jour-là
Rappelle-toi Barbara. (Barbara, de Prévert)
Nous avons dans nos bagages, une livre de crème de
protection solaire, deux bouteilles de chasse-moustique,
trois paires de shorts, des chandails à manches courtes, des
vêtements légers pour le beau temps, l’été et toutes les
promesses que la belle saison nous apporte.
Qu’elle aille chier la belle saison!
On est É-COEU-RÉ!
Si la veille, nous avons connu 24 km de pluie, ce n’était
rien à côté des 30 km qui s’en venaient. Croyez-nous.
Ce qui est triste dans cette partie du voyage, c’est que les
contingences imposées par les conditions climatiques et mon
état physique nous empêchent de goûter pleinement les
plaisirs de la découverte. Nous rencontrons des gens
formidables, nous nous régalons de repas succulents, festifs
même. Mais la tête, ni le cœur n’y sont. On a l’impression
de réparer nos blessures et cette injuste météo.
Quittant Saint-André de Kamouraska, j’avais négligé de
mettre mes imperméables, car le ciel était clair et les
nuages un peu « gorlot ». Même eux étaient tannés de
pleuvoir. Deux ou trois heures nous séparaient encore de
Notre-Dame-Du-Portage.
Vingt minutes plus tard, nous étions tout trempés :
chaussures, bas, pantalons, sous-vêtements, chandails,
casquettes, tout, tout, tout, sauf nos sacs à dos, protégés
par les bâches. Trois longues heures sous une pluie
torrentielle, à marcher sur la route qui fait des torrents?
Plusieurs voitures nous ont croisées. Malgré ma rage, je
restais attentif à la route, car je ne voulais pas qu’un
accident survienne. Mais j’ai vraiment marché en colère,
comme lorsque j’étais facteur et que la mauvaise température
me faisait détester mon travail.
Marc-Antoine m’apparaissait plus résistant à ces
contrariétés. Il prenait les choses avec humour. Il m’a dit
que la semaine prochaine, on aurait peut-être de la chaleur,
qui sait une canicule.
Nous sommes entrés dans Notre-Dame-Du-Portage, par le petit
chemin du Fleuve. On terminait plus d’arriver. Le GPS
indiquait 1,8 km. Putain de GPS, il donne toujours les
distances à vol d’oiseau. Criss, on est au sol nous autres!
Y’é tu capable de calculer la route?
On est arrivé enfin sous le porche de l’Auberge. On s’est
senti intimidé. C’est une auberge de luxe. Cinq étoiles.
Nous étions encore une fois tout dégoulinant. Je suis entré
le premier. Dix têtes grises se sont tournées vers nous,
incrédules.
J’ai repéré rapidement l’accueil. Je nous ai présentés.
Heureusement, la réceptionniste était au courant. Aucune
question, des explications sommaires sur les services, un
sourire et les deux clés pour la chambre.
Le ton était un peu :
- Nous vous attendions.
Sommes montés rapidement pour ne pas traîner dans le hall
(magnifique). Sommes entrés dans la chambre 103. J’ai monté
le thermostat à 25 C, repéré le calorifère, vidé nos
chaussures de l’eau qui s’y trouvait et les ai déposé
l’envers dessus. Je savais que j’aurais encore une fois, une
opération de cuisson à surveiller.
Marc avait froid et m’a dit qu’il voulait dormir. Je crains
toujours qu’il prenne froid.
Souper réservé à 18 h. Je remonte. Marc proteste. Dis qu’il
veut souper plus tard. Je n’ai pas le goût de me disputer.
- Regarde, je vais aller souper et tu iras plus tard.
- Je ne veux pas descendre à pieds de bas. Chu gêné.
- Ben là. On est des marcheurs. Ça s’explique.
On est descendu ensemble. On est entré dans la salle à
dîner. C’est vrai que ça avait l’air fou. Il n’y avait que
des personnes âgées, une famille qui fêtait un
anniversaire., un couple et nous. J’avais demandé une table
discrète. On nous a installés au bord de la fenêtre. Le
fleuve y serait magnifique par beau temps. L’hôtesse en nous
reconduisant a jeté un coup d’œil rapide, qui ne m’a pas
échappé, sur nos pieds. Je lui ai donné quelques
explications. Elle a souri.
Nous avons été servis royalement. C’est comme si une
commande avait été donnée. Nous ne manquions de rien. Un
jeune serveur, qui n’était pas affecté à notre service,
s’est rendu à notre table.
- C’est vous les marcheurs? J’ai entendu votre histoire
toute à l’heure. Je trouve votre projet extraordinaire et ça
me touche beaucoup. Voici. Je vous félicite.
Il a sorti un billet de 10 $, qu’il m’a tendu en guise de
don pour le cancer. Je ne savais pas quoi dire. J’ai
bafouillé un merci. Ça m’a touché son geste.
Crème d’asperge, entrée de canard confit, saumon, pâte de
fruits de mer pour M-A, gâteau au fromage, boisson. Un repas
de Seigneur.
La journée de merde s’est instantanément estompée.
Aujourd’hui nous avons marché pour :
La belle Nathalie A., Jean Langlois, Gervais Jeansonne,
Diane Bellemare, Lionel Dumais.
