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Samedi 4 juillet

7 :45 Direction Notre-Dame-Du-Portage.

Il pleut des clous
Il pleut des cordes de bois
Il pleut averse
Il pleut à verse
Il pleut à boire debout
Il pleut de Kamouraska à Notre-Dame-Du-Portage
Il pleut depuis Lévis jusqu’à Rivière-Du-Loup.
Il pleut à nous dégoûter de porter des vêtements
Il pleut à s’écœurer du fleuve
Il pleut sans fin
Il pleut, il pleut bergère, rentre tes blancs moutons
Il pleuvait sans cesse sur Brest, ce jour-là
Rappelle-toi Barbara. (Barbara, de Prévert)

Nous avons dans nos bagages, une livre de crème de protection solaire, deux bouteilles de chasse-moustique, trois paires de shorts, des chandails à manches courtes, des vêtements légers pour le beau temps, l’été et toutes les promesses que la belle saison nous apporte.

Qu’elle aille chier la belle saison!

On est É-COEU-RÉ!

Si la veille, nous avons connu 24 km de pluie, ce n’était rien à côté des 30 km qui s’en venaient. Croyez-nous.

Ce qui est triste dans cette partie du voyage, c’est que les contingences imposées par les conditions climatiques et mon état physique nous empêchent de goûter pleinement les plaisirs de la découverte. Nous rencontrons des gens formidables, nous nous régalons de repas succulents, festifs même. Mais la tête, ni le cœur n’y sont. On a l’impression de réparer nos blessures et cette injuste météo.

Quittant Saint-André de Kamouraska, j’avais négligé de mettre mes imperméables, car le ciel était clair et les nuages un peu « gorlot ». Même eux étaient tannés de pleuvoir. Deux ou trois heures nous séparaient encore de Notre-Dame-Du-Portage.

Vingt minutes plus tard, nous étions tout trempés : chaussures, bas, pantalons, sous-vêtements, chandails, casquettes, tout, tout, tout, sauf nos sacs à dos, protégés par les bâches. Trois longues heures sous une pluie torrentielle, à marcher sur la route qui fait des torrents? Plusieurs voitures nous ont croisées. Malgré ma rage, je restais attentif à la route, car je ne voulais pas qu’un accident survienne. Mais j’ai vraiment marché en colère, comme lorsque j’étais facteur et que la mauvaise température me faisait détester mon travail.

Marc-Antoine m’apparaissait plus résistant à ces contrariétés. Il prenait les choses avec humour. Il m’a dit que la semaine prochaine, on aurait peut-être de la chaleur, qui sait une canicule.

Nous sommes entrés dans Notre-Dame-Du-Portage, par le petit chemin du Fleuve. On terminait plus d’arriver. Le GPS indiquait 1,8 km. Putain de GPS, il donne toujours les distances à vol d’oiseau. Criss, on est au sol nous autres! Y’é tu capable de calculer la route?

On est arrivé enfin sous le porche de l’Auberge. On s’est senti intimidé. C’est une auberge de luxe. Cinq étoiles. Nous étions encore une fois tout dégoulinant. Je suis entré le premier. Dix têtes grises se sont tournées vers nous, incrédules.

J’ai repéré rapidement l’accueil. Je nous ai présentés. Heureusement, la réceptionniste était au courant. Aucune question, des explications sommaires sur les services, un sourire et les deux clés pour la chambre.

Le ton était un peu :

- Nous vous attendions.

Sommes montés rapidement pour ne pas traîner dans le hall (magnifique). Sommes entrés dans la chambre 103. J’ai monté le thermostat à 25 C, repéré le calorifère, vidé nos chaussures de l’eau qui s’y trouvait et les ai déposé l’envers dessus. Je savais que j’aurais encore une fois, une opération de cuisson à surveiller.

Marc avait froid et m’a dit qu’il voulait dormir. Je crains toujours qu’il prenne froid.

Souper réservé à 18 h. Je remonte. Marc proteste. Dis qu’il veut souper plus tard. Je n’ai pas le goût de me disputer.

- Regarde, je vais aller souper et tu iras plus tard.
- Je ne veux pas descendre à pieds de bas. Chu gêné.
- Ben là. On est des marcheurs. Ça s’explique.


On est descendu ensemble. On est entré dans la salle à dîner. C’est vrai que ça avait l’air fou. Il n’y avait que des personnes âgées, une famille qui fêtait un anniversaire., un couple et nous. J’avais demandé une table discrète. On nous a installés au bord de la fenêtre. Le fleuve y serait magnifique par beau temps. L’hôtesse en nous reconduisant a jeté un coup d’œil rapide, qui ne m’a pas échappé, sur nos pieds. Je lui ai donné quelques explications. Elle a souri.

Nous avons été servis royalement. C’est comme si une commande avait été donnée. Nous ne manquions de rien. Un jeune serveur, qui n’était pas affecté à notre service, s’est rendu à notre table.

- C’est vous les marcheurs? J’ai entendu votre histoire toute à l’heure. Je trouve votre projet extraordinaire et ça me touche beaucoup. Voici. Je vous félicite.

Il a sorti un billet de 10 $, qu’il m’a tendu en guise de don pour le cancer. Je ne savais pas quoi dire. J’ai bafouillé un merci. Ça m’a touché son geste.

Crème d’asperge, entrée de canard confit, saumon, pâte de fruits de mer pour M-A, gâteau au fromage, boisson. Un repas de Seigneur.
La journée de merde s’est instantanément estompée.


Aujourd’hui nous avons marché pour :

La belle Nathalie A., Jean Langlois, Gervais Jeansonne, Diane Bellemare, Lionel Dumais.