Vous êtes ici:  CARNET DE VOYAGE 2009

Accueil

Jeudi 30 juillet
Port-Daniel – Newport

Guillaume, l’ami de Marc-Antoine nous accompagnait ce matin-là. Début de journée pluvieux, ensuite pluie un peu plus intense, mais notre pas était rapide. Guillaume nous précédait, fier comme un paon de nous dépasser.

Auparavant, j'avais hésité à précipiter notre départ tellement il pleuvait. En effet, je m'étais réveillé à 4 h et la pluie tombait à gros clou. Un peu comme dans le roman de Garcia-Marquez, Cent ans de solitude, dans lequel une compagnie en conflit avec ses ouvriers, suite à une grève sanglante, avait promis de régler les conditions salariales après la pluie. Il avait plu durant quatre ans. À la fin, les ouvriers avaient oublié qu'il devait être payé.

Puis la pluie a diminué. J'ai vu André, le père de Guillaume. Nous avons déjeuné dans la maison des beaux-parents. Un déjeuner rapide, mais copieux. Nous sommes partis en direction du restaurant l'Étale, le même lieu où nous avions déjeuné la veille.

Nous avons revu le propriétaire de la galerie, qui fumait toujours. Il nous a salués gentiment et m'a remis une lettre. Je lui ai demandé ce que c'était. J'ai regardé et lu rapidement. Il s'agissait de sa proposition de candidature à la mairie de Port-Daniel-Gascons. Je lui ai souhaité bonne chance et me suis désintéressé de sa lettre.

Nous nous sommes engagé sur la route Marc-Antoine, Guillaume et moi. En moins d'une heure nous avions atteint Gascons. Le chemin était assez montagneux. Je n'avais pas conscience que cette partie de la Gaspésie du côté de la Baie était à ce point montagneux.

Cela nous a pris une autre heure pour traverser tout Gascons, tellement cette ville est étendue sur la 132. Nous avions toujours Newport comme objectif. Mais une très grande montagne sépare Gascons de Newport. Nous avons monté.

Au faîte, nous sommes entrés dans un brouillard incroyablement dense. On ne pouvait voir à 100 pieds devant nous. Je craignais pour la sécurité de Marc-Antoine et Guillaume. À chaque qu'un véhicule s'approchait, je leur hurlais:

— File indienne!

Et ils se rangeaient l'un derrière l'autre.

Nous avons marché 5 km et plus d'une heure trente dans le brouillard. C'était déprimant à la fin.

Guillaume qui était fringant au départ, affichait maintenant une mine fatiguée et lasse.

Sortis du brouillard et parvenu à Newport, nous avions faim. Cela faisait près de cinq heures que nous avions quitté Port-Daniel. Nous nous sommes mis à la recherche d'un restaurant. Nous avons demandé à artisan qui vendait ses bateaux près de la route s'il connaissait un restaurant près. Il nous a indiqué qu'un seul restaurant se trouvait à Newport et qu'il était à 6 km. On ne l’a pas cru, mais il avait raison, sapristi. J'ai laissé les jeunes prendre de l'avance et discuté un moment avec cet artisan.

Il fabriquait et vendait ses bateaux depuis plusieurs années. J'ai compris que c'était davantage la passion que l'attente d'un revenu, modeste sans doute, qui motivait son travail. La vente lui permettait d'entrer en relation avec les touristes. Timide, il se montrait tout de même intéressé au projet des gens, à leur devenir, à leurs intérêts.

Je l'ai laissé là dans ses bateaux invendus et le demi-brouillard qui commençait à se dissiper. Les jeunes étaient déjà loin devant, m'ayant distancé d'un pas rapide.

Plus tard, ils s'étaient assis, fatigués sans doute et pris par la faim.

Nous avons traversé tout Newport sans voir l'ombre d'un début, d'une idée de restaurant.

On s'est arrêté dans un dépanneur. On s'est acheté quelques cochonneries pour tenir le coup. Les gars devaient aller à la toilette. J'ai discuté avec la propriétaire et une cliente. Elles m'ont confirmé qu'il ne restait que 2 km. La cliente s'est offerte pour nous reconduire. J'ai décliné indiquant que l'on devait tout marcher notre périple.

On a repris désespérément la route. Maudit restaurant. Rien. On marche encore. Rien. Je traverse la route pour me rendre à une résidence pour personnes âgées. J'étais déterminé à demander à manger. Une voiture s'arrête près de moi.

- Vous êtes les marcheurs, que me dit la passagère.
- Oui, c'est bien nous.

Elle me tend un billet de 10 $ et me demande si ça va. Je lui indique que nous avons besoin de manger et que nous ne trouvons pas de restaurant. Les deux dames nous disent que nous sommes tout près et qu'elles peuvent nous y conduire. Je crie aux jeunes de s'en venir. Nous montons dans le véhicule, à l'étroit, et les dames nous déposent 2 km plus loin. Les dames du dépanneur nous avaient dit 2 km. Finalement, c'était 4. Le fabricant de bateaux nous avait dit 6 km, finalement c'était 10. On était É-COEU-RÉ et affamé.

Une heure plus tard, la mère de Guillaume, Louise, venait nous chercher. Il était convenu que je dormirais à Chandler, car le gîte était déjà prévu et que Marc-Antoine retourne dormir chez son ami Guillaume.

Tel que prévu, Louise est venue me reconduire au gîte La petite auberge de Gilda et Jean-Guy. Il est situé tout à côté de la défunte Gaspésia, à une courte marche du port dont on peut apercevoir de la fenêtre les luminaires.

Aujourd’hui nous avons marché pour :

Nathalie A., Rolland Fraser, Maurice Fraser, Bernard Fraser, Annette Fraser, Marie-Claire Lévesque, Valérie Arbour-Chabot, Charles Dionne, Florence Dumais, Alban Dionne, Paule Dionne, Louis Dumais, Laurent Dumais, Marc-Antoine Drewitt, Jacques Derrida.