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Jeudi 30 juillet
Port-Daniel – Newport
Guillaume, l’ami de Marc-Antoine nous accompagnait ce
matin-là. Début de journée pluvieux, ensuite pluie un peu
plus intense, mais notre pas était rapide. Guillaume nous
précédait, fier comme un paon de nous dépasser.
Auparavant, j'avais hésité à précipiter notre départ
tellement il pleuvait. En effet, je m'étais réveillé à 4 h
et la pluie tombait à gros clou. Un peu comme dans le roman
de
Garcia-Marquez, Cent ans de solitude, dans lequel une
compagnie en conflit avec ses ouvriers, suite à une grève
sanglante, avait promis de régler les conditions salariales
après la pluie. Il avait plu durant quatre ans. À la fin,
les ouvriers avaient oublié qu'il devait être payé.
Puis la pluie a diminué. J'ai vu André, le père de
Guillaume. Nous avons déjeuné dans la maison des
beaux-parents. Un déjeuner rapide, mais copieux. Nous sommes
partis en direction du restaurant l'Étale, le même lieu où
nous avions déjeuné la veille.
Nous avons revu le propriétaire de la galerie, qui fumait
toujours. Il nous a salués gentiment et m'a remis une
lettre. Je lui ai demandé ce que c'était. J'ai regardé et lu
rapidement. Il s'agissait de sa proposition de candidature à
la mairie de Port-Daniel-Gascons. Je lui ai souhaité bonne
chance et me suis désintéressé de sa lettre.
Nous nous sommes engagé sur la route Marc-Antoine, Guillaume
et moi. En moins d'une heure nous avions atteint Gascons. Le
chemin était assez montagneux. Je n'avais pas conscience que
cette partie de la Gaspésie du côté de la Baie était à ce
point montagneux.
Cela nous a pris une autre heure pour traverser tout
Gascons, tellement cette ville est étendue sur la 132. Nous
avions toujours Newport comme objectif. Mais une très grande
montagne sépare Gascons de Newport. Nous avons monté.
Au faîte, nous sommes entrés dans un brouillard
incroyablement dense. On ne pouvait voir à 100 pieds devant
nous. Je craignais pour la sécurité de Marc-Antoine et
Guillaume. À chaque qu'un véhicule s'approchait, je leur
hurlais:
— File indienne!
Et ils se rangeaient l'un derrière l'autre.
Nous avons marché 5 km et plus d'une heure trente dans le
brouillard. C'était déprimant à la fin.
Guillaume qui était fringant au départ, affichait maintenant
une mine fatiguée et lasse.
Sortis du brouillard et parvenu à Newport, nous avions faim.
Cela faisait près de cinq heures que nous avions quitté
Port-Daniel. Nous nous sommes mis à la recherche d'un
restaurant. Nous avons demandé à artisan qui vendait ses
bateaux près de la route s'il connaissait un restaurant
près. Il nous a indiqué qu'un seul restaurant se trouvait à
Newport et qu'il était à 6 km. On ne l’a pas cru, mais il
avait raison, sapristi. J'ai laissé les jeunes prendre de
l'avance et discuté un moment avec cet artisan.
Il fabriquait et vendait ses bateaux depuis plusieurs
années. J'ai compris que c'était davantage la passion que
l'attente d'un revenu, modeste sans doute, qui motivait son
travail. La vente lui permettait d'entrer en relation avec
les touristes. Timide, il se montrait tout de même intéressé
au projet des gens, à leur devenir, à leurs intérêts.
Je l'ai laissé là dans ses bateaux invendus et le
demi-brouillard qui commençait à se dissiper. Les jeunes
étaient déjà loin devant, m'ayant distancé d'un pas rapide.
Plus tard, ils s'étaient assis, fatigués sans doute et pris
par la faim.
Nous avons traversé tout Newport sans voir l'ombre d'un
début, d'une idée de restaurant.
On s'est arrêté dans un dépanneur. On s'est acheté quelques
cochonneries pour tenir le coup. Les gars devaient aller à
la toilette. J'ai discuté avec la propriétaire et une
cliente. Elles m'ont confirmé qu'il ne restait que 2 km. La
cliente s'est offerte pour nous reconduire. J'ai décliné
indiquant que l'on devait tout marcher notre périple.
On a repris désespérément la route. Maudit restaurant. Rien.
On marche encore. Rien. Je traverse la route pour me rendre
à une résidence pour personnes âgées. J'étais déterminé à
demander à manger. Une voiture s'arrête près de moi.
- Vous êtes les marcheurs, que me dit la passagère.
- Oui, c'est bien nous.
Elle me tend un billet de 10 $ et me demande si ça va. Je
lui indique que nous avons besoin de manger et que nous ne
trouvons pas de restaurant. Les deux dames nous disent que
nous sommes tout près et qu'elles peuvent nous y conduire.
Je crie aux jeunes de s'en venir. Nous montons dans le
véhicule, à l'étroit, et les dames nous déposent 2 km plus
loin. Les dames du dépanneur nous avaient dit 2 km.
Finalement, c'était 4. Le fabricant de bateaux nous avait
dit 6 km, finalement c'était 10. On était É-COEU-RÉ et
affamé.
Une heure plus tard, la mère de Guillaume, Louise, venait
nous chercher. Il était convenu que je dormirais à Chandler,
car le gîte était déjà prévu et que Marc-Antoine retourne
dormir chez son ami Guillaume.
Tel que prévu, Louise est venue me reconduire au gîte La
petite auberge de Gilda et Jean-Guy. Il est situé tout à
côté de la défunte Gaspésia, à une courte marche du port
dont on peut apercevoir de la fenêtre les luminaires.
Aujourd’hui nous avons marché pour :
Nathalie A., Rolland Fraser, Maurice Fraser, Bernard Fraser,
Annette Fraser, Marie-Claire Lévesque, Valérie
Arbour-Chabot, Charles Dionne, Florence Dumais, Alban
Dionne, Paule Dionne, Louis Dumais, Laurent Dumais,
Marc-Antoine Drewitt, Jacques Derrida.
