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Dimanche 28 juin, Montmagny-Les-Bains

Il pleuvait. Il pleuvra.

Le ciel est lourd d’un seul nuage. Il fait d’un horizon à l’autre un blanc gris d’un seul mouvement. Jocelyne nous a déposés là où nous avions terminé en soirée hier.

Nuit courte au camping de Beaumont. Nous sommes heureusement hébergés en commandite en appui à la lutte contre le cancer.

À notre arrivée la veille, alors que nous étions étendus pour une sieste, on frappe à la porte de la roulotte.

- Bonjour! C’est pour le tirage.
- Le tirage? Quel tirage, ai-je dit hébété.


Je me croyais à l’aréna de Sainte-Thérèse avec Daniel qui nous harcèle continuellement avec ses billets.

- Combien?
- Une piastre le billet, trois pour deus piastres, pis dix pour cinq piastres.


J’ai sorti un bleu et dit de donner les billets à Jocelyne. Une sorte de superstition entre elle et moi afin d’accroître nos chances de gagner. Ça ne marche jamais, anyway.

Cinq minutes plus tard, ça cogne encore. Deux femmes, cette fois, qui voulait savoir si nous avons des enfants.

- Oui, pourquoi!
- C’est l’Halloween des campeurs, qu’elles disent surprise par notre ignorance.


J’ai songé aux deux personnages des Têtes à claques.

Je leur ai répondu que j’avais des ados.

Depuis le temps que je fais du camping, je ne m’étais jamais arrêté à la culture des terrains de camping. C’est remarquable. Sauf le film Camping sauvage, je ne connais pas d’études sérieuses sur le sujet. Une étude anthropologique s’entend. Si je n’étudiais pas en Histoire de l’art, je crois que je ferais une thèse sur le sujet. FAS-CI-NANT : la petite bière entre voisins, la musique Western, le feu de camp après le souper, les éternels travaux autour de la roulotte, cette façon saisissante de faire semblant d’être occupé chez les saisonniers, enfin les activités ludiques. Deux classes de campeurs se côtoient dans ce type de camping : les saisonniers et les passagers. Ceux-ci c’est nous. Les saisonniers ont de multiples façons de te faire sentir ton statut de passager. Assez spécial! Mais passons.

Nous quittions donc le Théâtre de Saint-Michel de Bellechasse pour le village du même nom. Après une heure de marche, nous y parvenons. Une stèle raconte que ce village a reçu le premier Vézina en terre d’Amérique.

Plus tard, nous avons croisé le village de Saint-Vallier : belles et moins belles maisons, église, presbytère et tout et tout.

Je réfléchissais à quelques problèmes tout en marchant. Le premier c’est le brasse-camarade hormonal juvénile de mes deux fils qui ont des répercussions frère frère, fils mère, fils père et finalement mère-père. Je ne sais pourquoi, tout à coup je me suis souvenu du premier commandement de mon catéchisme :

PÈRE ET MÈRE TU HONORERAS

Salament, on a du chemin à faire.

Le problème suivant est celui du décampement. Comment poursuivre notre marche et assurer les opérations de déplacement de la roulotte demain.

Je passe un coup de fil à Jocelyne, encore essoufflé par une ascension à la hauteur de Berthier-sur-Mer, et lui dit avoir trouvé une solution. Nous dînerons ensemble le midi. Elle viendra nous chercher tout à l’heure.

Je me retourne et grimace douloureusement. Mon genou droit m’élance de plus en plus. Je commence à boiter. Marc-Antoine s’informe de mon état. Je lui dis que ça va.

Nous terminerons notre parcours dans une heure. Je lui dis aussi que maman viendra nous chercher dans une heure et que nous mangerons au restaurant. Petite gâterie de début de projet.

- Et ton genou, qu’il me dit.
- Quoi mon genou? Ça va, ça va aller.
- Ch’te cré pas. Tu boites.
- Ben non, je ne boite pas.


On n’a repris le parcours, il restait cinq kilomètres.

À 11 h 30, on avait parcouru 25 km. Chanceux, nous n’avions connu la pluie qu’une heure avant notre arrivée. On était fier. Je cachais de plus en plus mal ma douleur et quand Jocelyne et Jérémie sont arrivés pour nous prendre, je me suis appuyé sur le camion pour me soutenir.

Au restaurant, mon genou ne suivait déjà plus. Je devais m’appuyer pour me lever. Jocelyne s’en est inquiétée.

Enfin, la surprise, c’était que nous décampions ce même après-midi et nous installerions à Montmagny. Le camping Pointe-aux-Oies est magnifique : beau et vaste, près de la mer et de la rivière, pas d’Halloween, de Noël du campeur, pas de tirage, du rhum, des femmes et de la bière non de Dieu (chanson du Soldat Louis, ça vous dit quelque chose les jeunes?  oui le vieux ça veut dire que tu commences à avoir du millage dans le corps, songerait les jeunes.).

Nous sommes passés à la pharmacie pour quelques cossins et une crème pour mon genou. La pharmacienne a recommandé de la glace.

En soirée, il s’est mis à pleuvoir et à venter d’une violence rare.


Aujourd’hui nous avons marché pour :

Nathalie U, Julien Jubidon (7) décédé, Glenn Skoda, Raymond Dupont, Léonel Côté