Vous êtes ici:  CARNET DE VOYAGE 2009

Accueil

Lundi 27 juillet
New-Richmond - Bonaventure

Une pluie démentielle est tombée durant la nuit. Je croyais dans un sommeil de surface que la toiture allait s’effondrer sous le poids de l’eau. Comme le spa avait guéri mes quatre semaines de plaies aux jambes, l’idée m’est venue d’y retourner durant la nuit. Cela m’a vite passé lorsque j’ai constaté la violence de l’averse. Je me suis rendormi.

Au petit jour, je me suis levé. J’ai descendu l’escalier sur la pointe des pieds, pour ne pas réveiller Marie-Josée qui dormait dans le salon. Qu’est-ce que j’entends d’une voix gaillarde?

- Puis, as-tu bien dormi?

J’ai menti tout bas oui, que j’avais bien dormi. C’était Pierrette, elle avait terminé sa nuit sur un divan et elle était maintenant réveillée comme si cela faisait deux heures déjà.

Nous avons déjeuné rapidement. Marie-Josée nous a proposé de nous accompagner jusqu’à la sortie du village, après quoi sa mère viendrait la chercher. Elle nous a raconté son enfance, les écoles qu’elle a fréquentées, montré les maisons de ses amies qui ont occupé et qui occupent toujours une place dans sa vie. Une heure plus tard, nous étions à la sortie du village. Nous nous sommes laissés, en nous promettant d’aller revoir Pierrette et Peter un jour.

Il pleuvait, comme d’habitude, depuis notre départ de la maison. Ensuite, cela s’est atténué. Nous avons franchi Caplan, puis dîné à Saint-Siméon. On voit la mer partout. C’est comme une immense baie dans la Baie. On apercevait au loin Bonaventure, sans savoir qu’elle pouvait bien être la distance qui nous séparait d’elle.

La pluie a recommencé, de plus en plus forte. Comme par révolte ou défi, Marc-Antoine a décidé de ne pas mettre d’imperméable. Moi pour sauver notre mince petit sac (Pierrette, nous avait offert de transporter nos sacs à dos, cette année c’est un privilège que nous avons beaucoup apprécié, notre dos leur dira merci) et surtout son contenu, j’ai remis, irrité, mon imperméable.

Marc-Antoine m’a dit qu’il allait courir les kilomètres restants. Bonaventure était sens dessus dessous, avec tous ces travaux qui obstruaient le chemin.

- Sois prudent, lui ai-je crié sous une pluie battante
 On dirait qu’elle n’a voulu faire que ça nous battre, la pluie, cet été. 2009 !

Je crois que ma voix n’a pas porté. Je le surveillais malgré tout de loin. Je ne voudrais pas qu’il lui arrive quoi que ce soit.

J’ai finalement rejoint le Riôtel. 32 km ce jour-là. On va s’en souvenir longtemps. Comme un triomphe, on nous avait klaxonnés tout l’après-midi, on nous avait remis des dons. Des gens au péril de leur sécurité, s’arrêtaient sur la 132, pour nous remettre un 5$, un 10 $ ou un 20. $, nous avions appris, par ces gestes, que le reportage de TVA avait été diffusé le midi.

Marc-Antoine était sain et sauf. Moi trempé à l’os. J’ai pris une douche. J’ai visité les lieux. Rencontré monsieur Côté, le gérant et donateur de cette commandite : le Riôtel. Ça ne comprendra pas les repas, avait-il souligné. C’est sans importance, nous avions un toit, des lits, de quoi se laver.

Nous sommes descendus pour le souper à la salle à manger. J’ai avisé la serveuse que nous quitterions en plein repas pour aller visionner un reportage à la télé. La serveuse n’avait pas l’air en santé. Une sorte de bronzage excessif lui rendait un visage surnaturel. Nous avons spéculé quelques minutes sur le sujet et vite passé à autre chose, la gentillesse de la serveuse palliant à l’apparence physique.

18 h 15, je me suis précipité au bar. Marc-Antoine, qui avait terminé son repas, préférant voir le tout dans la chambre.

Un client, deux serveuses. J’ai demandé que l’on mette le poste à TVA et d’augmenter le volume. Leur ai expliqué brièvement de quoi il s’agissait. Voilà, le reportage passait.

J’étais fier comme un paon.

Les deux serveuses m’ont toute de suite offert 5 $ chacune. Le client m’a remis un billet et m’a félicité. Il a ajouté :

- Lorsque vous passerez à Chandler, venez me voir je travaille au restaurant le Pré-Marée. Je ferai une collecte pour vous.

En soirée, je suis allé faire du repérage afin de trouver un restaurant ouvert tôt le lendemain. J’étais sur le site du Musée acadien. J’ai fait le tour des bâtiments. Une sculpture dominait la place devant le musée. Elle se présente comme une ode au peuple acadien et rappelle son errance à travers l’Amérique suite à la déportation. J’ai trouvé l’installation assez détériorée et négligée et me suis promis de la signaler aux responsables du musée, car il existe des subventions pour la restauration des œuvres publiques.

Par la suite, je suis revenu sur mes pas, près de la 132 et j’ai aperçu deux jeunes qui faisaient du stop sur la route. Ça m’a rappelé mon propre voyage en 1972. Je me suis approché pour leur causer. Deux immenses chiens ont surgi en aboyant. La fille a tenté de les calmer, sans succès. Dieu qu’ils étaient maigres ces jeunes. Seuls leurs chiens semblaient manger. Ils semblaient sortis tout droit de la rue Sainte-Catherine à Montréal, avec des frocs tout déchirés. Deux punks perdus sur la 132, dans la lointaine Gaspésie. J’ai tenté un contact en lançant une phrase ou deux. Le garçon m’a jeté un mauvais regard. Quoiqu’ils étaient francophones, j’ai compris qu’on ne parlait pas la même langue. Ils n’ont pas répondu. Les chiens de toute manière me tenaient à distance. Je me suis demandé comment ils allaient faire pour se trouver un « lift » avec ces deux molosses.

De retour à l’hôtel, j’ai raconté l’incident à Marc. Il m’a trouvé bizarre de vouloir parler à tout le monde, même à deux punks. Par la fenêtre, on les apercevait sur la route. M-A m’a dit qu’une voiture s’était arrêtée pour les faire monter. Je ne l’ai pas cru. C’est le genre de blague que l’on se fait lui et moi. J’ai jeté un œil incrédule à la fenêtre. C’était vrai. On a ri à cause des chiens.

La chambre s’est tue, on s’est endormi. Un formidable orage a éclaté. Le plus gros, le plus étendu et le plus gigantesque orage a explosé. L’orage maintenant connaît le langage des changements climatiques. Du moins, il en décode l’alphabet. C’est sûr que le ciel s’est déchiré.

Nous avons rêvé à nos 32 km et à nos pieds guéris.

Aujourd'hui, nous avons marché pour:

Nathalie A., Huguette Venne, Yannick Maynard, Georges Barnabei, Mil Dred, Marie-Josée Avon, Martine (Lorraine), Gerry Boulet, Richard Petit