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Lundi 27 juillet
New-Richmond - Bonaventure
Une pluie démentielle est tombée durant la nuit. Je croyais
dans un sommeil de surface que la toiture allait s’effondrer
sous le poids de l’eau. Comme le spa avait guéri mes quatre
semaines de plaies aux jambes, l’idée m’est venue d’y
retourner durant la nuit. Cela m’a vite passé lorsque j’ai
constaté la violence de l’averse. Je me suis rendormi.
Au petit jour, je me suis levé. J’ai descendu l’escalier sur
la pointe des pieds, pour ne pas réveiller Marie-Josée qui
dormait dans le salon. Qu’est-ce que j’entends d’une voix
gaillarde?
- Puis, as-tu bien dormi?
J’ai menti tout bas oui, que j’avais bien dormi. C’était
Pierrette, elle avait terminé sa nuit sur un divan et elle
était maintenant réveillée comme si cela faisait deux heures
déjà.
Nous avons déjeuné rapidement. Marie-Josée nous a proposé de
nous accompagner jusqu’à la sortie du village, après quoi sa
mère viendrait la chercher. Elle nous a raconté son enfance,
les écoles qu’elle a fréquentées, montré les maisons de ses
amies qui ont occupé et qui occupent toujours une place dans
sa vie. Une heure plus tard, nous étions à la sortie du
village. Nous nous sommes laissés, en nous promettant
d’aller revoir Pierrette et Peter un jour.
Il pleuvait, comme d’habitude, depuis notre départ de la
maison. Ensuite, cela s’est atténué. Nous avons franchi
Caplan, puis dîné à Saint-Siméon. On voit la mer partout.
C’est comme une immense baie dans la Baie. On apercevait au
loin Bonaventure, sans savoir qu’elle pouvait bien être la
distance qui nous séparait d’elle.
La pluie a recommencé, de plus en plus forte. Comme par
révolte ou défi, Marc-Antoine a décidé de ne pas mettre
d’imperméable. Moi pour sauver notre mince petit sac
(Pierrette, nous avait offert de transporter nos sacs à dos,
cette année c’est un privilège que nous avons beaucoup
apprécié, notre dos leur dira merci) et surtout son contenu,
j’ai remis, irrité, mon imperméable.
Marc-Antoine m’a dit qu’il allait courir les kilomètres
restants. Bonaventure était sens dessus dessous, avec tous
ces travaux qui obstruaient le chemin.
- Sois prudent, lui ai-je crié sous une pluie battante
On dirait qu’elle n’a voulu faire que ça nous
battre, la pluie, cet été. 2009 !
Je crois que ma voix n’a pas porté. Je le surveillais malgré
tout de loin. Je ne voudrais pas qu’il lui arrive quoi que
ce soit.
J’ai finalement rejoint
le Riôtel. 32 km ce jour-là. On va s’en souvenir
longtemps. Comme un triomphe, on nous avait klaxonnés tout
l’après-midi, on nous avait remis des dons. Des gens au
péril de leur sécurité, s’arrêtaient sur la 132, pour nous
remettre un 5$, un 10 $ ou un 20. $, nous avions appris, par
ces gestes, que le reportage de TVA avait été diffusé le
midi.
Marc-Antoine était sain et sauf. Moi trempé à l’os. J’ai
pris une douche. J’ai visité les lieux. Rencontré monsieur
Côté, le gérant et donateur de cette commandite :
le Riôtel. Ça ne
comprendra pas les repas, avait-il souligné. C’est sans
importance, nous avions un toit, des lits, de quoi se laver.
Nous sommes descendus pour le souper à la salle à manger.
J’ai avisé la serveuse que nous quitterions en plein repas
pour aller visionner un reportage à la télé. La serveuse
n’avait pas l’air en santé. Une sorte de bronzage excessif
lui rendait un visage surnaturel. Nous avons spéculé
quelques minutes sur le sujet et vite passé à autre chose,
la gentillesse de la serveuse palliant à l’apparence
physique.
18 h 15, je me suis précipité au bar. Marc-Antoine, qui
avait terminé son repas, préférant voir le tout dans la
chambre.
Un client, deux serveuses. J’ai demandé que l’on mette le
poste à TVA et d’augmenter le volume. Leur ai expliqué
brièvement de quoi il s’agissait. Voilà, le reportage
passait.
J’étais fier comme un paon.
Les deux serveuses m’ont toute de suite offert 5 $ chacune.
Le client m’a remis un billet et m’a félicité. Il a ajouté :
- Lorsque vous passerez à Chandler, venez me voir je
travaille au restaurant le Pré-Marée. Je ferai une collecte
pour vous.
En soirée, je suis allé faire du repérage afin de trouver un
restaurant ouvert tôt le lendemain. J’étais sur le site du
Musée
acadien. J’ai fait le tour des bâtiments. Une sculpture
dominait la place devant le musée. Elle se présente comme
une ode au peuple acadien et rappelle son errance à travers
l’Amérique suite à la déportation. J’ai trouvé
l’installation assez détériorée et négligée et me suis
promis de la signaler aux responsables du musée, car il
existe des subventions pour la restauration des œuvres
publiques.
Par la suite, je suis revenu sur mes pas, près de la 132 et
j’ai aperçu deux jeunes qui faisaient du stop sur la route.
Ça m’a rappelé mon propre voyage en 1972. Je me suis
approché pour leur causer. Deux immenses chiens ont surgi en
aboyant. La fille a tenté de les calmer, sans succès. Dieu
qu’ils étaient maigres ces jeunes. Seuls leurs chiens
semblaient manger. Ils semblaient sortis tout droit de la
rue Sainte-Catherine à Montréal, avec des frocs tout
déchirés. Deux punks perdus sur la 132, dans la lointaine
Gaspésie. J’ai tenté un contact en lançant une phrase ou
deux. Le garçon m’a jeté un mauvais regard. Quoiqu’ils
étaient francophones, j’ai compris qu’on ne parlait pas la
même langue. Ils n’ont pas répondu. Les chiens de toute
manière me tenaient à distance. Je me suis demandé comment
ils allaient faire pour se trouver un « lift » avec ces deux
molosses.
De retour à l’hôtel, j’ai raconté l’incident à Marc. Il m’a
trouvé bizarre de vouloir parler à tout le monde, même à
deux punks. Par la fenêtre, on les apercevait sur la route.
M-A m’a dit qu’une voiture s’était arrêtée pour les faire
monter. Je ne l’ai pas cru. C’est le genre de blague que
l’on se fait lui et moi. J’ai jeté un œil incrédule à la
fenêtre. C’était vrai. On a ri à cause des chiens.
La chambre s’est tue, on s’est endormi. Un formidable orage
a éclaté. Le plus gros, le plus étendu et le plus
gigantesque orage a explosé. L’orage maintenant connaît le
langage des changements climatiques. Du moins, il en décode
l’alphabet. C’est sûr que le ciel s’est déchiré.
Nous avons rêvé à nos 32 km et à nos pieds guéris.
Aujourd'hui, nous avons marché pour:
Nathalie A., Huguette Venne, Yannick Maynard, Georges
Barnabei, Mil Dred, Marie-Josée Avon, Martine (Lorraine),
Gerry Boulet, Richard Petit
