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Jeudi 23 juillet
Nouvelle - Carleton

S'il n'en tenait qu'à lui, Marc-Antoine n'aurait pas marché aujourd'hui. Il négocie de plus en plus des levées tardives, des départs sans hâte, des moments de détente. Notre tâche consiste à marcher et... à nous endurer. Les deux ne sont pas évidentes. Des camarades d'école ont dit à Marc-Antoine qu'il perdrait son été s'il faisait cette marche avec son père. Ça l'a troublé. Il est sensible à ce genre de commentaires. D'ailleurs, il n'a pas trouvé que la polyvalente, de façon générale, faisait grand cas de son défi. Qu'importe!

Non, pas qu'importe. Cela m'amène à réfléchir à la reconnaissance, à la valorisation et, en définitive à la motivation. Nous sommes en santé tous les deux. Nous avons décidé, choisi, planifié, organisé et nous réalisons ce projet. Dans les étapes de planification, lorsqu'un commanditaire disait oui ou l'un de nos contacts nous trouvait une famille d'accueil, je me sentais valorisé. On reconnaissait l'importance de notre défi en nous accordant le gîte, un repas, une présence dans nos vies. Ce qui me permettait de garder la motivation dans le projet. Lorsque la levée de fonds avance, que nous atteignions tel ou tel seuil, nous gardons notre motivation. Lorsque nous savons que cet argent est dépensé adéquatement (pour ceux qui ne connaissent pas le président de l'Institut du cancer de Montréal, monsieur Raymond Garneau, et sa directrice, Maral Tersakian, sachez que l'ICM est administré avec une très grande rigueur, j'en ai eu la preuve constante depuis notre association avec l'Institut), que des chercheurs travaillent quotidiennement sous la direction du Dr Mes-Masson, nous avons la conviction de faire quelque chose de bien. Et ce que nous ressentons intérieurement ne trouve aucun équivalent dans les biens matériels que nous possédons et dont nous jouissons.

La marche est dépouillement. C'est l'état minimal de transport pour l'homme. À ce titre, il est près de la bête ou de son ancêtre du Néandertal. La marche est santé et preuve de notre mobilité. Excusez la lapalissade! La marche mesure notre dimension concrète sur la Terre. Lorsque je regarde une carte maintenant, il m'est impossible de la confondre avec le territoire. Le temps et l'espace ne font plus qu'un. C'est la dimension esthétique de notre tâche.

Au gîte À l'abri du clocher, j'ai tenté d'entrer en communication avec les voyageurs. Ça n'a pas fonctionné. C'est étrange comment parfois, les liens coulent de source, comme avec ce couple au Motel Restigouche. Mais ici rien, chacun est concentré dans sa chose. Nous aussi d'ailleurs.

Marc-Antoine a critiqué les premières 15 minutes. Puis il a changé d'avis. Il a décidé qu'il était agréable de marcher aujourd'hui. Une heure et demie plus tard, on était dans Saint-Omer. Je n'ai cessé, à compter de ce moment-là, de rechercher l'endroit où j'avais soupé avec une auto-stoppeuse et les deux femmes qui nous avaient fait monter à Chandler, durant mon voyage de 1972. Chose assez surprenante pour 2 jeunes de 17 ans, sur le pouce, nous avions partagé leur repas, un repas festif, avec viande cuite au BBQ, salade et vin, ce qui était très rare à l'époque. Je ne me rappelle plus du nom de l'auto-stoppeuse, mais je me rappelle qu'elle s'était amourachée de moi. Pour preuve, les quelques lettres qui ont suivi ce voyage. Mais le silence qui a suivi l'a fait abandonné. Cœur de mâle cruel.

Nous avons dîné à Saint-Omer. Un dîner rapide. Nous sommes partis. Ni vu, ni connu.

Nous sommes ensuite entrés dans Carleton. Le gîte était au centre du village, dans l'activité et l'effervescence des touristes. Une ville animée. Nous avons atteint le gîte La mer, la Montagne et c'est Roger et Alice qui nous ont accueillis. On nous a offert la chambre. Une fois installés, plus tard, nous sommes partis à la recherche d'un restaurant. Finalement, c'est Subway qui a eu la faveur. Ça faisait un moment que nous n'avions pas fastfoodé.

Au retour, j'ai fait une brassée de lavage. Marc est allé dans la chambre, de plus en plus casanier. J'ai ensuite discuté avec Alice et Roger qui ont eu un parcours singulier, jusqu'à tenir une galerie de peinture à Saint-Martin. Et maintenant à la retraite à Carleton, sur ce site exceptionnel: La Mer, La Montagne.

Roger aurait 70 ans le lendemain. À voir sa forme, son allure et son dynamisme, en pensant à Élie, rencontré hier, ça m'a donné le goût d'atteindre 70 ans et de rêver que j'aurais le même dynamisme et encore plein de projets.

Marc-Antoine, lui à 15 ans, emmagasine les expériences. Ça lui en fera des choses à raconter un jour. Ah oui, j'ai demandé à plusieurs reprises s'il écrivait sur le site. Marc a décidé de faire un récit à la fin du voyage.

Demain Maria, avec un petit détour chez Aqua Mer qui nous commandite une séance de massothérapie.

Bonne nuit.
Aujourd'hui nous avons marché pour:

Nathalie A., Guy Gauthier, Rita Dubé, Paul Berthelot, Charles Berthelot, Denise Dubé, Patricia Verge, Sylvie Bertrand, Nicole Moreau.