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Jeudi 16 juillet
Sayabec - Amqui
Le vieux s'est levé, il a brassé son fils et il a dit:
- Allez, lève-toi et marche!
Non ça ne s’est pas passé ainsi. J'étais déjà levé depuis un
moment. J'ai jeté un oeil dehors. Ciel couvert d'une mince
couche lumineuse. Qui sait peut-être une belle journée.
Myriam s’est levée pour dresser la table. Marc-Antoine, un
peu après. Nous avons déjeuné, préparé nos sacs et sommes
sortis, précédés par Myriam qui venait nous conduire
quelques kilomètres plus loin, car, rappelez-vous, nous
avions pris de l’avance la veille.
Le vieux s’est rappelé qu’il avait des jambes et des pieds
et qu’une ampoule de la veille n’avait pas trouvé le chemin
de la guérison. Il ne s’en est pas plaint, il avait placé un
diachylon sur la plaie.
En moins d’une heure, nous étions à
Val-Brillant. On s’est arrêté devant l’Église qui compte
deux clochers. On nous a raconté que c’est à cet endroit que
le curé Brillant avait bâti sa cathédrale, car il croyait
que ce serait Val-Brillant qui deviendrait le chef-lieu de
la Vallée et le siège du diocèse. Rimouski fut choisie, mais
l’église resta à Val-Brillant, majestueuse, élégante et bien
portante.
Un homme s’arrêta pour nous saluer.
- Je vous ai vu hier soir dans un reportage. Vous êtes
les marcheurs?
Nous avons fait un brin de jasette. Il nous a souhaité bonne
chance.
Nous nous sommes arrêtés à un petit café. L’atmosphère y
était agréable. Nous avons commandé à déjeuner. Le monsieur
de l’église est venu nous porter 10 $ pour un don. La
propriétaire nous a fait un rabais de 50 % sur l’addition
pour nous encourager et des clients dans le restaurant se
sont cotisés pour nous faire un don. C’était étourdissant.
Nous avons repris le chemin à un bon rythme. Le paysage est
éblouissant. Moi qui n’ai jamais beaucoup apprécié la Vallée
de la Matépédia. Je sens que cette région est riche. Je suis
heureux de la découvrir.
Notre rythme est de plus en plus rapide. Tout à coup, malgré
le genou et le pied qui vont bien, une pensée négative me
traverse l’esprit. Je pense à mon diachylon sur mon ampoule
et là le vieux lâche un cri et se met instantanément à
boiter.
En effet, son diachylon a lâché. Il avait l’air bien
portant. Il ne se plaignait pas trop. Il a dit au jeune
qu’il devait s’arrêter. On l’a laissé s’arrêter. Je lui ai
refait son pansement. Il m’a souri piteusement. On s’est
remis debout. Marc-Antoine voulait se reposer encore un peu.
Je l’ai attendu.
Nous avons quitté il était 11 h.
Amqui ne finissait plus d’arriver. Nous avions convenu de
nous rendre dîner chez Dixie Lee, question de nous faire
penser aux Îles.
Il était loin le restaurant. Nous avons demandé notre chemin
à deux reprises. On s’est arrêté dans un salon de coiffure.
La madame a été fine. Elle nous a reconnus, car elle avait
vu le reportage la veille. Elle a fait un don de 10 $ et
nous a permis de laisser nos sacs, on en pouvait plus, dans
le salon de coiffure pour se rendre au resto.
On s’est fait servir une bouffe cheap. On était déçu. Je
saute les détails.
Je me suis retourné avec le cabaret et là, Marc-Antoine, pas
très bien depuis la veille, était pâle comme un drap. Il m’a
dit qu’il était étourdi et qu’il commençait à voir des
points autour de sa tête. Je lui ai dit d’aller s’asseoir et
de se mettre la tête entre les jambes penchées par en avant.
Je le surveillais de loin, cherchant une place où déposer le
cabaret.
Finalement, il est revenu me rejoindre me disant que c’était
passé. Il m’a demandé de quoi il s’agissait.
- Tu viens de risquer de perdre connaissance.
J’avais eu la même chose quelques années auparavant dans les
mêmes circonstances.
Nous avons récupéré nos sacs et sommes allées à la
Savonnerie des 4 sœurs.
Nathalie nous a accueillis avec enthousiasme. Elle nous a
dit que nous logerions chez sa sœur Guylaine en face du
commerce situé dans la vieille gare.
Nous avons monté au logement. Nous avons déposé nos sacs
dans la chambre désignée. Nathalie est retournée au
commerce.
Une heure plus tard, Guylaine arrivait. Elle s’est assise et
nous a présenté le programme de la maison et des repas.
Cependant, il y avait un changement au programme. Son oncle
venait de faire un AVC et était hospitalisé à Rimouski. Elle
devait se rendre avec ses sœurs et sa mère au chevet de
celui-ci.
Nous arrivons dans la vie des gens et nous les prenons à un
moment de leur existence, sans jamais savoir où nous les
prenons. Parfois, c’est le lancement d’une pièce de théâtre,
parfois c’est les foins qu’il faut faire rapidement parce
qu’il y a deux petits jours de soleil, tantôt c’est la
maladie qui les a frappés, une jeune est en réflexion sur
son avenir, une mère inquiète par la maladie. Nous arrivons
de quelque part, nous arrivons quelque part. Chaque fois,
c’est différent, des gens différents, des situations
diverses. Le monde est en changement, nous ne sommes pas au
même endroit, même si nous sommes ensemble. Marc à 15 ans,
j’en ai 54. Nos univers sont communs et si différents. Nous
parlons la même langue et pourtant pas la même tout à fait.
Guylaine nous loge, nous laisse le logement. Nous sortons le
soir nous payer une glace. On se couche tôt, fatigués et
exténués.
Demain congé.
Aujourd'hui nous avons marché pour:
Nathalie A.,
Hertel Hétu, Nicole Monty, Marcel Monty, Peter Campbell.
