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  • Mardi 8 juillet 2008

Fuir! là-bas fuir! Je sens que des oiseaux sont ivres
D’être parmi l’écume inconnue et les cieux.
Stéphane Mallarmé 

Lorsque le cadran a sonné à 4 :35, j’ai entendu M-A maugréer. Je suis resté étendu 5 minutes, observant le plafond, le lit baldaquin, la porte qui donnait sur l’extérieur et ouvrait sur une planète que je n’ai pu identifier durant la nuit, point lumineux sans scintillement, Vénus ou Jupiter, pour les quelques heures insomniaques qui m’ont laissé l’œil ouvert. Je n’avais pas mes verres et je suis myope comme une taupe. 

Daniel Gohier nous avait reçu la veille et laissé la maison puisqu’il se rendait chez sa blonde au village de Neuville. Le récit d’hier a pu laisser entendre que Daniel n’était pas quelqu’un de responsable. Je veux dissiper tout doute là-dessus, c’est un homme affable et accueillant. C’est un artiste doué, spécialisé dans les couvertures de cuivre et tôle, comme je l’ai déjà dit. Il est courageux et plein d’idées, il est déterminé et patient. 

Son projet de refaire cette maison est grandiose. Je n’aurais jamais assez de courage pour réaliser le dizième de tout cela. Je préfère marcher 1 000 km. C’est plus facile et plus confortable. Vous imaginez vivre des années dans une maison en construction. Je lui souhaite beaucoup de courage et lui lève mon chapeau. 

En route à 5 :40. Le pas allègre, la démarche volontaire, nos sacs serrés contre notre dos, je vérifiais si M-A était assez en forme pour franchir les 25 km qui nous séparaient du domicile de Johanne et Martin, des amis de mon collègue Patrick au Conseil de ville à Sainte-Thérèse. Québec! Lieu ultime de notre destinée, en cet été 2008. 

Patrick a été très actif dans notre projet de marche à Marc-Antoine et moi. Je veux en profiter pour le remercier ici de toute son aide, surtout durant le souper spaghetti d’avril dernier. La cerise sur le sunday, c’est qu’il m’a mis en lien avec ses amis de Québec Johanne et Martin qui ont accepté généreusement de nous héberger dans leur cottage du district Saint-Sacrement. Une maison formidable. 

Une heure et demi plus tard, nous abordions Sainte-Augustin de Desmaures. Nous avons fait la pause pipi et jus dans une station-service. La jeune pompiste nous regardait d’un air bizarre. Dans la toilette qui donnait sur le garage, un immense calendrier de femmes dévêtues dominait la porte. J’ai trouvé cela ancien. Ça m’a fait sourire. J’ai demandé à M-A s’il avait apprécié. Il a souri. 

On a repris le sentier. Au loin, encore une fois, on a aperçut un clocher. Ça  nous a donnée de la force. 

Le GPS indiquait de quitter la 138 et prendre la rue Tessier. Avant d’y parvenir nous avons croisé la route de Fossambault. Ce nom me rappelle le poète Saint-Denys-Garneau qui a vécu et est décédé à Sainte-Catherine-De-Fossambault. Il était le cousin de l’écrivaine Anne Hébert. Saint-Denys-Garneau est le premier poète que j’ai étudié lorsque je faisais littérature au secondaire. J’ai l’impression, ça va faire ringard ce que je vais dire là; j’ai l’impression, disais-je qu’on étudiait pour le vrai à cette époque, même si moi je n’étudiais pas beaucoup, car, peu de gens le savent, j’étais un décrocheur au secondaire. Pour la partie qu’on étudiait, on étudiait pour le vrai car tout n’était pas porté vers le technique et l’utilitaire. L’éducation nous donnait encore des repères : les classiques permettent cela. Des racines et des ailes (citation dont j’oubli l’auteur). Des racines, afin de savoir d’où l’on vient et des ailes pour nous offrir, nous ouvrir à la liberté d’explorer et de tout réinventer, le technique et l’utilitaire itou. 

"En général, dès qu'une chose devient utile, elle cesse d'être belle" (Théophile  Gauthier) 

La rue Tessier est devenue le chemin de la Butte pour ensuite connecter avec la rue de l’Hêtrière. À l’intersection, nous nous sommes reposés un bon coup mais pas plus de 15 minutes. Nous avions les jambes en feu. Depuis bientôt trois jours, aucune douleur au dos, toutes les ampoules ont guéri, les muscles de nos jambes parfaitement adaptés à la marche. Quelle soit de 10, 15 ou 25 km, la marche, c’est maintenant du pareil au même.

Les fruits dévorés et les muffins de Sylvie Doré, qui dataient de l’avant-veille, on les a engloutis. Quelques gorgées d’eau encore et hop. 

Nous progressions tellement rapidement, qu’on avait l’impression que l’air s’ouvrait devant nous pour nous laisser la place. Un sentiment d’euphorie nous avait gagné car nous nous savions près du but. Québec, Québec, Québec. 

Pour nous récompenser, nous avions convenu déjeuner-dîner chez Tim Hortons qui était à 7 km de notre destination, la maison de Johanne et Martin. Nous laissions déjà derrière nous Saint-Augustin et approchions peu à peu de Cap-Rouge. 

M-A a réclamé un pause. J’ai regardé ma montre, il était 9 :20. En soustrayant les courtes pauses, nous venions de franchir 15 km en trois heures quinze minutes avec sacs sur le dos. C’était un très gros score pour des marcheurs débutants comme nous. Je l’ai dit à M-A. Il a feint l’indifférence. 

J’étais excité par ce record. J’ai pensé à cet instant, avec conviction, que nous relèverions notre défi l’an prochain de marcher jusqu’aux Îles, avec la certitude profonde de réussir. Nous nous somme relevés. 

Marche, marche, marche, marche, marche, marche, marche. Des silences, des bribes de conversation, des silences à nouveau. Et le Tim Hortons, ça vient? 

Une belle perspective de village se dessinait devant nous. Cap-Rouge! Un pont pour la voie ferrée le coiffe et l’encercle sur sa partie sud. Au lieu de le défigurer, ce pont ajoute une note de gravité romantique au village. J’ai aperçu une dame qui attendait l’autobus. 

-          Où sommes-nous ici, madame?
-          Vous êtes à Cap-Rouge, répondit le renard.
-          Et vous, d’où venez vous?
-          De Sainte-Thérèse!
-          Et, il y a des  poules à Sainte-Thérèse? Demanda le renard.
-          Non.
-          Et, il y des hommes à Sainte-Thérèse, répéta-t-il.
-          Oui.
-          Rien n’est parfait. Je chasse les poules. Les hommes me chassent.     C’est ainsi tout le temps. 

Paraphrase du Petit prince
d’Antoine de Saint-Exupéry
 

Je lui ai dit que son village était beau. Notre esprit était plus léger que nos pas. Et notre âme plus légère encore. Et après. Et après, c’est Dieu sans doute. Mais on n’est pas allé jusque-là. On n’était pas loin, par exemple, avec toutes ces églises sur notre route. 

Et là! Hélas, une côte. Une CÔTE énorme, abrupte, outrancière, difficile qui se dresse devant nous comme pour nous éprouver une dernière fois. La côte est devenue quelqu’un, un juge, un observateur, un témoin. Voir si tout ce qu’on se raconte intérieurement depuis 11 jours déjà c’est pas du «fake». Voir si les jambes sont encore solides, si le cœur tient, si l’esprit est alerte. 

Je regarde le GPS. 

-          Marc, pour aller chez Tim, il faut faire deux km à l’aller et deux km au retour. C’est un détour d’une heure. 

La catastrophe! Tout cela peut vous paraître insignifiant. Mais lorsqu’on vient de fournir un tel effort et qu’on se promet une petite récompense et que tout cela tombe, qu’au lieu de cela, voilà une côte, une côte qui tout à coup devient gigantesque. Là, c’est l’épreuve. La vraie. 

Le putin de GPS m’a joué des tours à plusieurs reprises. Je n’avais pas le manuel et ne pouvait donc pas le régler pour une meilleure performance, une meilleure précision. 

Nous avons gravi la côte avec rage, presqu’en criant. Tout à coup, mon téléphone a sonné. 

-          Bonjour monsieur Arseneau, c’est Raymond Garneau.

-          Oui monsieur Garneau, d’où appelez-vous?

-          Je suis à mon chalet. Je voulais vous féliciter pour votre marche… 

Je me suis excusé au moins trois fois, tellement j’étais essouflé. Je ne voulais pas couper la communication car monsieur Garneau est le président de l’Institut et c’était une grande attention à notre endroit de nous téléphoner ainsi. J’en étais heureux mais intimidé. Il nous surprenait dans un moment difficile, comme lorsqu’on téléphone quelqu’un qui viendrait de s’engueuler. 

Nous étions enfin à mi-chemin dans la côte. Derrière nous, on visait d’un seul regard le vieux village de Cap-Rouge. M-A me prédécait. Il était tout de même en forme le petit. Lorsque nous serons assis plus tard, me suis-je promis, je ne lésinerai pas sur ce qu’il réclamera comme repas, sauf la poutine, s’entend. 

J’ai opéré une recherche sur le GPS dont la batterie faiblissait, pour trouver un restaurant. 

-          On donne un bistro à 300 m de nous Marc.

-          Pas encore un bistro, vociféra-t-il. Avec leurs maudites sandwiches. Chu pu capable. Je veux manger des cochonneries…

-          Bon, on se calme, on se calme. 

J’étais triste pour lui. Ça négocie mal quand l’énergie commence à descendre et les forces à décliner. 

On a croisé un couple âgé à qui nous avons demandé s’il y avait des restaurants dans le secteur. Nous étions sur Campanile, dans Cap-Rouge toujours. La femme a pointé du doigt un petit sentier tout près, caché par les arbres. C'était à deux pas d’où nous étions. 

Un peu vidés, à contrecœur, on a rebroussé chemin, mais toujours un petit supplément d’énergie nous a porté jusqu’au bistro. Nous avions le choix, car la rue en proposait plusieurs. Nous sommes entrés dans le deuxième restaurant. 

Nous nous sommes littéralement affalés sur les banquettes proposées par la serveuse. Nous avons sacré nos sacs par terre, négligemment. Même le GPS était vidé. J’ai dû négocier une prise de courant afin de le recharger. 

Les menus sont arrivés. On a fait un choix rapide : des œufs pour M-A et des crêpes pour moi. 

Les panses bien remplies, j’ai fait un téléphone à Johanne. Je ne l’avais pas appelé la veille et je m’en voulais un peu de l’avoir laissée sans nouvelle. J’avais quatre numéros de téléphone où les joindre elle et Martin. Aucun ne fonctionnait. J’ai regardé mon appareil, je composais le code 450 pour chaque appel, au lieu de 418 pour la région de Québec. Je me suis tapé le front en me traitant de casque de bain. J’ai fini par atteindre la boîte vocale de Johanne mais entre temps mon autre ligne a sonné. C’était notre ami Normand de Sainte-Thérèse. Normand Toupin, mon valeureux conseiller en communication, avec son sourire charmant même au téléphone. Je lui ai demandé d’attendre un instant pour revenir à la boîte vocale de Johanne. 

J’ai «flushé» tout le monde maladroitement. 

Ça n’avance pas. Tu te sens comme dans un mauvais rêve où rien ne marche, rien n’avance. 

Le cellulaire a sonné. C’était Normand à nouveau. Cela faisait plaisir d’entendre sa voix. Il nous félicitait d’être aussi près du but et se réjouissait que nous ayons persévéré dans notre projet. 

On s’est laissé, nous promettant de nous revoir au retour, à Sainte-Thérèse. 

Le GPS était «full» plein d’énergie. Nous aussi. Petit coin, sacs replacés pour le départ. Une femme qui nous avait entendu raconter notre aventure à la serveuse nous remit $ 20 pour le cancer et nous a félicité pour notre projet 

Le téléphone sonna à nouveau. C’était Johanne. Elle s’inquiétait de ne pas avoir eu de nouvelles et disait souhaiter nous accompagner quelques kilomètres. Elle disait être tout près d’où nous étions. On s’est donné rendez-vous à un arrêt d’autobus plus à l’est sur Chemin Sainte-Foy. 

À l’heure dite, nous avons aperçu la belle Johanne qui se tenait sur le coin d’une rue. Embrassade et heureux de se voir, son fils Antoine nous a rejoint à vélo. Il nous restait 5 km à franchir avant d’arriver à son domicile. Elle s’inquiétait de briser notre rythme. Nous l’avons rassuré, disant que plus rien ne pressait maintenant. 

Nous devions décider si nous complétions le trajet jusqu’à Lévis ou si nous laissions cela pour le lendemain. Chose certaine, Marc-Antoine et moi avions convenu de quitter le lendemain, mercredi, car nous avions hâte d’être à la maison, pour revoir Jérémie et Jocelyne. 

Un peu déçue, Johanne qui était disposée à nous garder deux nuits, garda tout de même sa bonne humeur. Antoine, son fils roulait à bicyclette derrière nous. Johanne se disait surprise de la rapidité avec laquelle nous avions franchi les km qui nous séparaient de la rue Campanile au lieu du rendez-vous. 

Nous avons repris la marche, contourné un obstacle, des travaux de construction et traversé des artères sur les feux rouges. Johanne nous dit plus tard qu’elle nous avait trouvé un peu imprudents. Elle avait raison. À Montréal et autour, 80 % des piétons brûlent les feux rouges. 

Nous sommes entrés sur la rue Holland et avons poussé à fond tout ce qui nous restait de muscle, de nerf, de cœur, de corps, de tête, d’espoir, de désir, de volonté, d’intention, d’intérêt, de défi, de désordre, d’ordre... Chaque pore de notre peau évacuait des tonnes d’eau, le cœur battant à la dérive, douze jours nous rattrapaient en un instantané, notre projet de douze mois déjà, pensé, planifié, figuré, questionné, requestionné, refusé avec colère, remis sur la planche à dessin, tous les appels téléphoniques pour convaincre les gens de nous appuyer, les fournisseurs de nous aider, famille, amis et connaissance à donner pour la lutte contre le cancer, tous ces samedis et ces dimanches à se pratiquer sur les routes des Basses Laurentides, tout ce froid, toute cette neige, toute cette chaleur à la fois, confondu en un seul instant… nous avons mis le pied sur le terrain de Johanne, Martin, Félix et Antoine, la dernière maison au bout du voyage. 

- Voilà, c’est ici, les deux plus gros arbres de la rue, sur la gauche, a dit Johanne comme pour nous rassurer. 

Notre tête ne le croyait pas. Nos muscles non plus. Nous étions encore en forme, comme des chevaux prêts à donner encore malgré l’effort et la chaleur. Nos vêtements étaient trempés de bord en bord. 

QUÉBEC 

À quatorze heure vingt nous avons quitté le domicile pour l’Hôtel de ville où nous étions attendus à 15 :00 pile. Je ne voulais surtout pas être en retard. Johanne nous y a déposé et garé la voiture tout près. Nous avons repris nos sacs à dos pour rencontrer les élus municipaux. 

Nous avons gravi l’escalier, M-A me précédant d’une tête. Tout à coup, une voix familière derrière moi qui a dit : 

-          Hey Vincent! Tournez-vous pour la photo. 

C’était Normand et Ginette qui étaient à Québec pour quelques jours. Le futé il m’avait dissimulé tout cela le matin, lors de notre conversation téléphonique. Ils étaient là en chair et en os. 

Normand a pris les photos et nous a dit de continuer, il ne voulait pas nous déranger pour la cérémonie. 

-          Nous déranger, j’ai dit. Es-tu fou? Vous allez entrer avec nous, je veux tous les témoins qu’il y a ici et surtout ceux de Sainte-Thérèse. 

Je riais comme un fou. Nous sommes donc entrés joyeusement, victorieusement, dans le hall du l’Hôtel de ville. Déjà, une attachée du protocole nous attendait. Elle nous a invités à la suivre. Nous sommes entrés dans le salon du maire. Un salon? Tu parles! Une salle de réception oui, avec tous les grands personnages qui ont fondé Québec. À commencer par Champlain dont on fête le 400ième cet été. 

Séance de photos, signature du livre d’or, poignée de main et embrassade. Même la conseillère Denise Trudel, dont j’avais fait la connaissance en mai à Sept-Îles étaient là. 

On nous a offert des boissons. J’ai décliné disant que je souhaitais prendre un verre sur une terrasse avec mes amis. Quel mer-veil-leux  moment! 

Nous sommes sortis par la grande porte à la recherche d’une terrasse, vite trouvée et nous avons siroté une bière bien froide. Normand a voulu tout payer. Tout le monde nous paie tout dans ce voyage, ça devient gênant. Je l’ai remercié, j’étais tellement content de leur présence à Ginette et lui. Ré-embrassade, accolade et promesse de se revoir à Sainte-Thérèse. 

Johanne nous a ramenés. Nous avons pris nos douches et lorsque je suis descendu, Martin était de retour à la maison. On s’est assis sur la terrasse et discuté de tout et de rien. Le tout est le plus intéressant chez ce couple fonctionnaires branché de Québec. La politique les concerne au plus haut point et ils sont au fait des grands dossiers de l’heure. Cette masse d’informations me fascine toujours, moi qui aie étudié en sciences politiques, les rapports entre la fonction publique et le politique ainsi que la ligne très mince qui les sépare, ont toujours été d’un grand intérêt pour moi. 

J’ai un grand respect pour la Fonction publique et les fonctionnaires de talent et compétents qui sont chargés de l’administrer. Je sais que la chose n’attire pas beaucoup d’estime dans la population en général et que les préjugés sont légion à leur endroit mais pour y voir agi durant 30 ans, j’ai une bonne idée à quoi on peut être confronté dans les appareils gouvernementaux. 

L’adrénaline disparue, nous convenons, à la demande de Marc-Antoine, d’aller voir le Moulin à images de Robert Lepage, dans le Vieux-Port le soir même. 

Nous partons vers 21 :00 en autobus cette fois. Dans le Vieux-Port, nous assistons à la fin de l’émission de France Beaudoin à R-C. Puis nous nous tournons vers les silos à grain qui dominent tout le port. Ils seront l’écran de projection sur lequel Lepage a «pitché» son génie. Il n’y a pas d’autre mot : GÉNIE. 

Si vous passez à Québec, cet été, même s’il pleut des cordes de bois, s’il fait chaud à crever, si vous gelez, assistez à cette magistrale présentation des 400 ans d’histoire du peuplement de l’Amérique francophone. Lepage aborde quatre thématiques, quatre sujets, quatre métaphores. La première le Chemin d’eau, la deuxième le Chemin de terre, la troisième le Chemin de fer et, enfin, la quatrième le Chemin d’air. Je ne vous en dis pas plus. Allez voir ça. Son et image : aucune parole ou si peu. 

Nous sommes entrés, exténués, hagards, fatigués. Johanne nous avait déjà indiqué nos chambres. Ce n’était pas un château hanté cette confortable demeure. 

LÉVIS, le lendemain 

J’ai roupillé, dormi six heures à peine. On a laissé M-A dormir tout ce qu’il avait besoin. J’étais un peu intimidé car je sais que lorsque l’on travaille le matin, il y a une certaine routine à respecter que peut troubler la présence d’invités. Johanne et Martin nous ont tout de même mis à l’aise. J’ai indiqué vouloir utiliser l’ordinateur. J’ai travaillé deux heures ou plus. Martin a entré le linge que j’avais lavé la veille. 

Puis à 10 :00, nous avons chargé nos sacs à dos, mis les bâches dessus et enfilé des ponchos imperméables que nous trainions depuis le début sans les avoir utilisé du tout. 

Il pleuvait averse ce matin-là et nous marchions heureux de franchir nos derniers kilomètres, avec en tête le port de Lévis. Nous avons remonté sur Grande-Allée. À l’approche des Plaines d’Abraham, j’ai pointé en sa direction et dit à Marc-Antoine : 

-          Cest ici que le sort de l’Amérique française s’est joué, il y a près de 240 ans. Tous nos territoires du Nord ont été cédés à la Couronne britannique. La France n’a gardé que la Louisianne, qui sera cédée plus tard par Napoléon aux nouveaux États-Unis d’Amérique, juste pour faire chier l’Angleterre, les îles de Saint-Pierre et Miquelon et quelques îles des Caraîbes.

-          Là-bas devait se tenir Wolf et près d’ici Montcalm. La bataille n’aurait pas duré longtemps mais les deux généraux sont morts au cours de celle-ci. 

Marc-Antoine aime l’histoire et la politique. Grand bien lui fasse durant sa vie et qu’il rêve de réaliser de belles et grandes chose. Je pense aussi à Jérémie que son projet de devenir vétérinaire ne le quitte pas et qu’il travaille fort pour réussir. Jérémie, Marc-Antoine, Jocelyne, mes amours dans cette vie. J’ai hâte d’être à la maison. 

Puis la petite rue Saint-Louis nous guida jusqu’à la statue de Champlain, où j’ai pris Marc en photo. Ensuite la terrasse Dufferin, avec les fouilles archéologiques de l’ancien fort Saint-Louis que l’on vient de découvrir. 

Nous sommes descendus par l’escalier près de la rue des Remparts. Nous avons traversé le parc Montmorency puis le Petit Champlain, une merveille et suivi la rue du Petit-Champlain. Ensuite le boulevard Dalhousie à gauche. Le traversier pour Lévis était là solide, robuste et patient. 

Il pleuvait sans cesse et nous avions chaud sous nos ponchos de plastique. Nous avons traversé le boulevard, le stationnement et sommes entrés dans la billeterie. Nous étions en avance comme toujours à pied on l’est. 

Puis le guichet a ouvert. J’ai acheté deux billets aller-retour pour Lévis. Le traversier partait à 11:45. Il était 11:30. J’ai observé les passagers, plusieurs jeunes femme, des couples âgés, des touristes français. J’ai fouillé frénétiquement dans mon sac pour changer mon foulard mouillé. M-A m’a demandé de l’argent pour s’acheter une boisson. J’ai pris un café de machine : de l’eau de vaisselle. 

Enfin, le traversier a fait vrombrir ses moteurs. Quelques minutes plus tard, le quai bougeait et le bateau s’en éloignait. J’ai pris une profonde respiration, à nouveau satisfait de ce que nous venions de réaliser. Marc était calme, moi plutôt agité avec le goût de dire à tout ce monde d’où nous venions, ce que nous venions de faire. J’aurais eu l’air idiot d’en parler à des inconnus comme cela. 

J’ai sortie le téléphone et j’ai appelé Valérie Maynard, journaliste du Nord-Info. Sa voix était réjouissante et apaisante. Elle m’a demandé de prendre une photo de notre arrivée et d’écrire quelques mots à ce sujet. 

Le bateau a accosté au quai. Marc-Antoine et moi, nous nous sommes précipités dans le hall d’entrée, avons repéré une affiche où c’était écrit Bienvenue Lévis. J’ai demandé à un jeune passager qui semblait hésitant de nous prendre en cliché. Il a pris une mauvaise photo, puis une deuxième. Nous avons monté les marches quatre à quatre pour ne pas rater le bateau. Il était trop tard, les portes étaient déjà fermées et le suivant trois quart d’heure plus tard. 

On a patienté. Le kiosque d’informations touristiques était ouvert. Le mot Lévis.com était écrit en grandes lettres. Nous avons pris plusieurs photos avec les conseillères qui s’y trouvaient. Elles nous ont trouvé bons. Leurs compliments nous faisaient grand bien. 

Puis les guichets ont rouverts et nous avons repris le bateau en sens inverse. 

Le Cap-Diamant domine le fleuve à cette hauteur. Lévis et Québec se regarde depuis des millénaires, même quand elles n’existaient pas. À droite près de la rivière Saint-Charles je vois les silos à grain qui, je le pensais depuis longtemps, défigurent la Basse-Ville. Depuis le Moulin à images de Robert Lepage, ces silos n’auront plus jamais la même signification. Lepage avec son génie les a transfigurés et changé mon regard à leur sujet.

Nous avons sauté dans un taxi pour retourner chez Johanne et Martin. 

Le voyage est terminé. Nous sommes sur le retour. Marcel, mon frère nous prendra tantôt chez Johanne. Nous referons le trajet en sens inverse sur la 40 cette fois et croiserons tous les noms des villages qui maintenant et pour toujours auront un visage et des gens que nous avons croisé. J’entends une musique de flûte de pan d’une fin de film. Je sommeille un peu et cause avec mon frère. Je l’interroge sur ses projets. On voudrait faire de la voile ensemble un jour, traverser le Golfe Saint-Laurent. Mais là, c’est une autre histoire. 

À l’arrière Marc dort d’un profond sommeil. Celui du guerrier qui s’est beaucoup battu. Il est un véritable guerrier. Il sera un Grand chef  Peaux-Rouges qui n’a peur de rien. Je suis tellement fier de lui. 

À la maison tantôt, on retrouvera Jocelyne et Jérémie nos amours. Elle aura invité grand-maman et grand-papa, Lise, Élisabeth, Guillaume et Maryse. Michel et Laurent viendront nous rejoindre. 

Et c’est ainsi que se terminera notre beau voyage, comme un père et fils qui ont fait un beau rêve. Dors bien nous deux! On l’a mérité. 

Aujourd’hui nous avons marché pour : 

Lucienne Deblois, Mildred Ritchie, Monique Tetrault, Lyne Smith, Richard Smith, Grand-maman Faye, Francine Marcil, Gaston Frenette (décédé), Josée Lefebvre, Marie-Eve Allard Lesiège, Martin Picher 21 ans, Richard Ledoux, Georgie Ravary, Denis Laberge, Denis Bolduc, Mario Montgrain, Bertrand Dionne, Lise Hudon, Claude Béchard, Gisèle Blais-Bellemare, Yvan Julien, Colette Julien, Lina Martel, Martine Desjardins, Jacques Daigle (décédé). 

Des noms recueillis en route : 

Loïc, Danielle Courchesne, Charline Courchesne, Gisèle Doucet, Jean-Paul Cournoyer, Yves Latour, Jean-Marc Valois, tous ces noms proposés par Kathleen Cournoyer du restaurant le Mignon à Berthierville, c’est cette personne qui fait partie d’un protocole de suivi pour le cancer, car la majorité des membres de sa famille sont décédés. 

Et 

Monsieur Couturier, Jean Dessureault, noms donnés par l’opticienne qui a réparé mes verres. Gilberte Doré-Bédard, Danielle Ratté, Betty Frenette, Martin Piché, proposés par Sylvie Doré chez qui nous avons logé à Donnacona. Pierrette Bouchard, Claude Villiard, Judith Berthiaume, suggérés par Paule à Batiscan. Roger Girard, Nicole Girard, proposés par Claudine Girard de la Maison du Moulin. Manon Dumouchel.

 

FIN DE LA PREMIÈRE PHASE

SAINTE-THÉRÈSE LES ÎLES-DE-LA-MADELEINE À PIED