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Lundi le 7 juillet 2008
On dit qu’on rencontre un ange tous les jours. Aujourd’hui, je suis chanceuse, je viens d’en rencontrer deux.
Une inconnue sur la terrasse du Café la Marguerite
Nous avons quitté, à regret, les Mainguy Doré. À regret, car l’accueil y aura été d’une qualité rarement rencontrée à ce jour. Cela n’enlève rien à tous les autres lieux visités.
Déjeuner rapide mais délicieux comme d’habitude. Départ tardif, 7 :30.
Marche, marche, marche. Nous n’avons qu’un cours 15 km à faire pour nous rendre à Neuville, prochaine destination. Nous faisons une pause au bout d’une heure et demie dans un kiosque de produits de la ferme.
J’en profite pour faire quelques appels téléphoniques : Ville de Québec pour la signature du livre d’or demain à l’Hôtel de ville, Jocelyne pour donner des nouvelles, l’Université du Québec à Montréal pour une inscription en septembre et enfin notre prochain hébergement, Daniel Gohier.
Ce dernier nous a été identifié par ma collègue au Conseil, Anne Lauzon, cette grande musicienne et cycliste devant l’éternel. Gohier est un rare artisan des toits de tôle et de cuivre. Il tire ses contrats des bâtiments religieux et des maisons patrimoniales. Il a effectué des travaux de cette nature chez Anne, il y a quelque temps.
Nous l’informons être à la porte de Neuville et lui dit que nous serons chez lui en après-midi et que nous aurons dîné.
Nous entrons dans Neuville, frappé par la beauté de l’église. Nous entrons pour recevoir un peu de fraîcheur et nous y recueillir. Un homme est assis là, derrière une table jonchée de pamphlets de toutes sortes. Il dit être guide et pouvoir nous faire visiter l’église. Nous lui disons vouloir nous recueillir.
Quelques minutes plus tard, il nous rejoint et nous acceptons de faire le tour de ce patrimoine.
Une vingtaine de toiles sont accrochées au-dessus du séculaire chemin de croix, de l’église Saint-François de Sales. Le guide nous explique que ce sont des toiles d’Antoine Plamondon (1804-1895). Comme le clergé ne voulait innover à cette époque, le diocèse avait obligé l’artiste à ne faire que des reproductions de grands maîtres. Le sacre de Saint-Louis est une splendeur. Ne manquez pas de visiter ces lieux, car Antoine Plamondon a été un grand peintre et certaines de ses œuvres sont au Musée des Beaux-Arts de Montréal, de Québec, chez les Sulpiciens et à la congrégation des Hospitalières qui se sont intéressées à son art.
Nous avons laissé là le guide qui nous a suggéré un joli petit restaurant à deux pas de l’église. Nous avons filé tout droit jusqu’au resto et nous nous sommes assis sur la galerie. La jeune serveuse est sortie, nous a offert à boire et demandé ce qui nous souhaitions manger.
Je lui ai d’abord demandé si je pouvais avoir du papier à écrire, en lui disant qui nous étions et ce que nous faisions.
J’ai manqué de papier tout le long du voyage. Mon petit carnet «To do list» était nettement insuffisant pour la prise de note et l’écriture d’autant de pages. À chaque lieu, je demandais de quoi écrire, quand je ne piquais tout simplement pas des napperons de papier. La plupart du temps j’écrivais recto-verso sur le papier. Je crois que j’aurais écrit sur la tranche si j’avais pu.
La jeune serveuse est réapparue et m’a dit que la patronne me prêterait son portable aussitôt qu’elle en aurait fini. Je n’en revenais tout simplement pas. Je pouvais utiliser un ordinateur aussi longtemps que je le voulais, sur la terrasse ou à l’intérieur.
Nous avons choisi notre menu.
En face du café, se trouvait le bureau de postes. S’il n’y a pas 20 personnes qui sont passés, il n’y en a eu aucune.
Une femme s’est approchée de nous et nous a demandé ce que nous faisions avec nos gros sacs. Elle est devenue tout enthousiaste à l’écoute de notre récit. Elle a sorti un $ 10 pour nous le remettre en appui à la lutte contre le cancer et elle a ajouté :
- On dit qu’on rencontre un ange tous les jours. Aujourd’hui, je suis chanceuse, je viens d’en rencontrer deux.
Ravie de bonheur, elle nous a laissés. Elle venait de faire le nôtre en nous disant tout cela.
Chantal a ensuite apporté notre repas et un pichet d’eau glacée. Nous mangions goulument lorsque deux hommes se sont approchés.
- Vous êtes bien Vincent Arseneau.
- Oui, que j’ai répondu.
- Je suis Daniel Gohier. C’est chez moi que vous venez cet après-midi.
J’étais surpris de le retrouver là. Il m’a indiqué qu’il nous reconnaissait à cause de nos sacs à dos.
Nous avons échangé quelques mots. Par la suite, j’ai disparu dans le bistro pour me trouver un coin avec l’ordinateur de la propriétaire du café La Marguerite. Caroline possédait ce café depuis deux ans. C’est une vieille maison bien aménagée, qui offre des produits pour la vente et un côté pour la restauration. Elle offre de l’emploi à quelques personnes. L’ambiance est chaleureuse, on se sent bien dans ce café.
Quelques minutes plus tard, le café était bondé de monde. J’ai eu de la difficulté à me concentrer. M-A était très patient. Il écoutait des «tunes» sur son ipod.
J’ai terminé mon envoi à Micheline, fermé l’ordinateur et me suis levé en me dirigeant vers la caisse pour payer. Lorsque j’ai sorti mon portefeuille, Caroline a refusé que je paie. Je lui ai demandé si elle voulait faire un don pour le cancer. Elle a répondu oui. Je lui ai donc dit que je paierais mon repas et qu’elle n’aurait qu’à faire un don à l’ICM en allant sur notre site internet. Elle a dit que c’est ce qu’elle ferait. Nous nous sommes laissés. J’ai regretté de ne pas avoir pris de photos. On dirait que lorsque j’écris beaucoup, comme je venais de le faire, l’appareil photo perd de son importance, comme si le fait d’utiliser des facultés plus intellectuelles rendaient inutiles le numérique. Bizarre.
Nous avons repris le chemin du village et connecté 1 km plus loin avec la 138. Nous n’étions qu’à quelques km de chez monsieur Gohier.
Le 205 route 138 à Neuville est une immense maison qui évoque dans son état actuel un château hanté. Quatre grandes tours enserrent la maison à pignon élevé. Rien n’est terminé à l’extérieur. Par contre, l’intérieur est très avancé. Il est composé de boiserie, de panneaux en bois à motif sculpté et travaillé. Le tout est très relevé. Cependant, la maison ne dégage aucune atmosphère, comme si elle n’était pas habitée. D’où l’impression qu’elle serait hantée.
Le propriétaire était très occupé avec son employé et un couple qui avait à faire à lui. Nous sommes entrés à l’intérieur. Monsieur Gohier a indiqué à Marc-Antoine la chambre qu’il occuperait dans la partie est de la maison, où il n’y avait aucune rampe et aucun mur dans l’étroit couloir qui menait de sa chambre à la salle de bain. Comme une sorte de passerelle sans garde-fou.
Un frisson m’a parcouru le dos. J’ai imaginé un instant que M-A se levant la nuit pour aller à la toilette et tombant du deuxième sur la céramique du rez-de-chaussée. Une deuxième série de frissons m’a parcouru le dos.
- Vous monsieur Arseneau, vous prendrez ma chambre.
Nous avons traversé tout le rez-de-chaussée, à nouveau. Nous avons monté un escalier étroit, sans rampe (décidément, c’est une tendance!) et avons débouché à l’étage sur une chambre longue et étroite, où trônait un immense lit baldaquin et une salle de bain dans la chambre sans porte, ni séparation. Le tout était austère, mais beau.
Une porte ouvrait sur une galerie sans rampe. C’est très tendance. J’ai jeté mon sac à dos. Je pensais à M-A de l’autre côté. Je ne pouvais l’atteindre par l’étage, il me fallait redescendre l’escalier sans rampe, traverser la cuisine, le vestibule, une entrée, remonter à nouveau l’autre escalier, franchir un couloir et parvenir à sa chambre. Ouf!
Pour continuer d’alimenter mon cinéma, je me suis dit s’il a une crise d’asthme cette nuit, je ne l’entendrai jamais. Je le voyais déjà froid le matin et le camion de la morgue qui l’emporte. Je capotais. Là, vous le lisez, mais je lui ai rien dit de tout cela, évidemment.
Pour finir la sauce, en fin de soirée, le propriétaire nous dit qu’il va dormir chez sa blonde. Oh boy! Il laisse son ouvrier qu’est bourré aux oreilles qui, me dit-il, dormira au sous-sol. Bon?
Puis à la fin de la soirée, tandis que je me brosse les dents dans l’une des 4 toilettes du château, l’ouvrier bourré demande à M-A où est-ce que je dors. Dans l’autre aile de répondre celui-ci.
Ben là, la capsule a sauté. Je suis allé voir l’ouvrier pour lui souhaiter une bonne nuit avec beaucoup de diplomatie. Je suis ensuite monté voir Marc-Antoine et lui ai dit que l’absence de rampe m’inquiétait un peu (j’étais complètement terrorisé), qu’il vaudrait mieux qu’il dorme dans l’autre aile avec moi, que le lit offrait de la place et que le lendemain, ce serait plus pratique si on voulait partir tôt.
Vous me trouvez protecteur. UN LION!
M-A ne m’a pas obstiné. Il devait avoir des appréhensions lui aussi. Nous n’en avons pas reparlé.
Le souper s’était pourtant bien passé. Daniel avait reçu quelques invités. Il avait servi l’apéritif à chacun. C’est sa compagne, une artisane du bois, qui avait fait le souper. Elle servit des portions gigantesques de pâté chinois. Je n’ai pu finir la mienne. Les dialogues manquaient d’authenticité. On aurait dit un groupe où chacun était préoccupé par ses propres problèmes. Je m’inclus là-dedans.
Nous sommes sortis à l’extérieur prendre le dessert. Ce groupe était composé d’artistes. J’ai compris pourquoi nos conversations manquaient de suivi et de cohérence. Nous étions des gens de défi et ressentions avec force le besoin de tout exprimer, même devant des inconnus, nous pour eux, eux pour nous.
Après le dessert, nous nous sommes laissés et vous connaissez la suite.
Aujourd’hui nous avons marché pour :
Serge Nelson, Sylvie Paquette, Claude Lecomte, Monique Mekkelholt, Antonio Lapointe, Marthe Picard, Venant Ouellet, Juliette Arseneau, Arpi Tersakian, Nicole Racine, Amal Bitar, Ernest Arseneau (mon père et grand-père de Marc-Antoine et Jérémie), Gaétan Granger, Claude Giroux, Ida Brière.
Je crois ne pas vous avoir dit d’où venait tous ces noms de personnes atteintes du cancer, vivantes ou décédées. Nous avons fait un souper spaghetti le 11 avril dernier et cette levée de fonds a permis d’amasser plus de $ 6 000. Au cours de la soirée, Marc-Antoine et moi avions demandé à nos invités d’identifier des personnes atteintes du cancer. Ce sont ces noms qui figurent sur notre liste et pour qui nous marchons chaque jour.



