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Mercredi 2 juillet 2008
Le restaurant de La Porte de la Mauricie nous a servi notre déjeuner à 5 :15. Nous avons appelé notre taxi à 5 :55 et il nous a reconduit à l’extérieur de la ville en lieu et place de notre dernière marche hier.
Nous étions en route, sachant que la journée allait être chaude. Destination Pointe-Du-Lac.
Nous avons roulé (!) rondement longeant l’autoroute 40 à bonne distance. Passé celle-ci, nous avons suivi la route étroite qui se présentait à nous. Effectivement, les voitures nous frôlaient puisqu’il y avait peu d’espace. Comme la route est étroite à cet endroit, les voitures roulent cependant moins vite, à notre grand bonheur et celui de la ministre sans doute.
Marc-Antoine éprouvait quelques difficultés. Il ne se plaignait pas, au contraire, mais il avait un rythme différent, il traînait un peu plus derrière moi. Je l’ai encouragé du mieux que j’ai pu. Ses cuisses, le satané poids de nos sacs et le manque de perspective nous irritaient.
J’ai vu une affiche qui indiquait une halte routière un km plus loin. J’ai dit à M-A que nous allions nous reposer là et que je vérifierais pour ses jambes. 15 minutes plus tard nous y étions.
Le parc était situé sur la rive du lac St-Pierre. Il ventait abondamment et cela faisait du bien et permettait d’abaisser la température du corps. De plus, les vagues étaient hautes et blanches. Je fermai les yeux me croyant déjà rendu aux Îles.
Nous nous sommes déchaussés. C’était pire que je pensais, de ce que nous allions avoir à panser. Si on dit qu’un ampoule = 60 watts, à nous deux nous comptons jusqu’à maintenant 360 watts. C’est vous dire.
Gros soleil mais faible humidité, heureusement. Pour diminuer sa douleur aux jambes, j’ai donné du Motrin à M-A, l’effet s’est fait sentir jusqu’en après-midi. Destination pont Laviolette.
Marche, marche, marche. Parle, parle, parle. Marche, marche, marche. Cause toujours, sur le boulevard qui mène au pont, on l’aperçoit d’un bon trois quart d’heure avant d’y arriver.
Nous avons vu le motel Cocconut Bar et on pouvait plus se retenir. À l’air climatisé, on a traîné un peu en causant avec la réceptionniste. Ça a fait du bien.
Puis sous le pont on a pris trois, quatre photos. Nous avons poursuivi sur Notre-Dame pour chercher un restaurant. Il était 11 :30, et content d’avoir déjà dépassé le pont Laviolette.
Nous sommes allés chez Patachou (n’est-ce pas le nom du premier ministre Charest?). J’ai mangé cette fois de l’aiglefin. M-A s’est commandé une poutine. Après sa commande, je lui ai demandé si la veille il n’avait pas déjà mangé une poutine. Il est parti à rire et a laissé entendre qu’avec mon manque de mémoire j’avais de la difficulté à l’encadrer sur la qualité des repas qu’il prenait. Je ne lui ai pas dit mais j’interdis la poutine pour le reste du voyage. Comme il ne me lit pas, il ne le saura qu’au retour.
D’un autre côté, il m’a souligné que cela faisait mon quatrième repas de poisson cette semaine. J’ai haussé les épaules. Mais l’aiglefin ne battait pas la perchaude, la sole et le saumon que j’avais mangé antérieurement.
Nous avons repris Notre-Dame et, le ventre plein, poussé à fond de train dans Trois-Rivières. Le GPS bizarrement m’indiquait de quitter N-D. J’avais un doute. J’ai tout de même suivi l’instrument. Heureusement, j’aurais fait un détour inutile.
Traversé la rivière St-Maurice. Quelques photos au grand dam de M-A qui, une fois le rythme établi, ne veut pas ralentir. Photos de l’Île St-Quentin et des alentours. J’ai manqué cependant un maudit beau portrait. Je vous décris : l’eau de la rivière est brune et sombre, en amont un groupe de kayakistes s’en venait. J’ai regardé les couleurs des kayaks : bleu, rouge et jaune. Nous étions sur le pont. Avec le soleil à deux heures, le contraste des kayaks sur la rivière aurait été écœurant. Mais fatigué, incertain de la direction que prendrait les kayaks, M-A qui se met à saigner du nez, j’ai laissé en plan le projet.
Repos dans un parc. Nez rafistolé. Re-départ sur N-D et ensuite sur Ste-Madeleine qui devient la 138.
Je ne sais
si c’est l’effet du Motrin mais M-A a mis au fond la
caisse, assez qu’au bout de trois quart d’heure je lui ai
dit que j’entendais mon cœur battre dans ma tête. Il a
suggéré que je m’arrête. J’ai savouré cet instant de
tendresse où c’est le fils qui prend soin du père.
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Nous avons aperçu un bar de danseuses et avons décidé de nous y arrêter pour faire le plein d’eau fraîche et respirer un peu à l’air climatisé. Non, Jocelyne, c’est pas vrai c’était un restaurant ordinaireJ))))
Le cœur me battait maintenant dans la poitrine. Reste 4 km : une heure. À fond la caisse : motels, maisons, maisons, gîtes du passant pas encore le nôtre. Nous devions trouver la Maison des Leclerc.
Nous arrivons enfin. Ça fait neuf heures que nous avons quitté Yamachiche et franchi 28 km, sous un soleil de plomb, 6 ampoules à deux, M-A fait une allergie cutanée au soleil ou à la crème solaire. On va tenter de le savoir.
Je vous raconte le reste au prochain ordinateur. Car il en est arrivé d'autres à la Maison des Leclerc.
Bye de
Marc-Antoine et moi.
La Maison des Leclerc
C’est une jolie maison ancestrale jouxtée à une ferme. La maison voisine est la demeure des Leclerc. À l’arrière, c’est une ferme laitière. On y entend le bétail beugler, les vaches en attente de trait, un chien aboie au loin, pour signaler notre présence, façon de nous accueillir, un chat traverse le stationnement. Il fait beau. La machinerie agricole hurle dans les champs. Les travailleurs agricoles se pressent à entrer les balles de foin, car on annonce demain de la pluie. Tout y est animé. Tout grouille de vie.
À droite une ancienne étable a
été reconvertie en atelier d’art. Tout la production
artistique des élèves et des profs est généreusement étalée
: bijoux, coussins, vitraux, petites sculptures, aquarelles,
acryliques et j’en passe.
Georgie tout sourire, nous reçoit.
- Vous êtes fatigués? Voulez-vous vous baigner?
On pousse un oui de bonheur tous
les deux.
Georgie est l’épouse de Michel Leclerc, qui ressemble comme
deux gouttes d’eau à Félix Leclerc. C’est son neveu. Elle
nous fait visiter les lieux, nous indique notre chambre,
avec les consignes importantes, par exemple d’éviter de
déposer nos sacs à dos sur les couvre-lits, nous montre la
piscine, en nous signalant, comme gênée, que ce serait du
spaghetti pour le souper, comme si ce repas n’était pas à la
hauteur.
«À cheval donné, on ne regarde pas la bride.»
Georgie, j’aime ce nom pour une femme qui passe les
soixante-dix, nous informe que nous partagerons la maison le
soir avec un groupe de cyclistes.
Après la baignade, nous faisons la connaissance des
cyclistes. Je m’attendais à des couples dans la trentaine,
ces jeunes beautés performantes que l’on rencontre tout le
long de la 138.
Le plus jeune cycliste avait 61
ans, les autres au-dessus de soixante-dix, l’aîné 79 ans.
Louise-Chantal est un petit bout de femme qui a traversé le
Canada à vélo. Une shape incroyable. Selon Bernard, c’est
elle qui est tête de peloton et gravit sans effort les côtes
les plus abruptes.
Le groupe était animé comme une bande d’ados à la sortie de
l’école. Les cyclistes étaient encore sur l’adrénaline. Nous
nous sommes entendus pour manger de la pizza ensemble. On a
informé Georgie du changement de programme. Je crois que
cela l’a soulagé, car elle avait un cours de calligraphie à
18 :00 dans le petit atelier adjacent à la Maison.
On a pris l’apéro sur la galerie et discuté de vélo, de
marche, de santé.
Je découvre avec stupéfaction tout le potentiel que recèle
cette nouvelle forme de tourisme, la marche et le vélo,
habitué que nous sommes à de longues distances en voiture
durant les vacances. Pourquoi toujours aller aussi loin? Il
y a des gens extraordinaires que l’on rencontre dans ces
gîtes, à peu de frais à vrai dire.
De rencontrer des septuagénaires, de jeunes couples avec
enfants, des ados, des adultes me procure un profond
sentiment d’espoir pour le Québec de maintenant et celui de
demain. La révolution se prépare sans bombe, ni fusil. Un
nouvel esprit communautaire semble émerger. Cette conscience
nouvelle nous vient des jeunes surtout et des plus vieux
fatigués du matérialisme qui nous a rendus fou.
Oubliez les X et les Y. Quelque chose de neuf approche et ce
sera bon pour tous! Investissez la vie publique partout où
elle se trouve : politique, société, organismes
communautaires. Tous les secteurs doivent être investis de
ce nouvel esprit.
On trouvera sans doute cela naïf. Je le dis sur un petit
site connu de quelques dizaines de personnes, d’une
journaliste qui nous a généreusement adoptés, du projet
même. Il porte espoir. Pas parce que c’est Marc-Antoine et
moi. Non. Il porte espoir pour les ingrédients qui s’y
trouvent : père-fils unis dans un même combat, la marche, la
découverte du pays profond, l’état de notre spiritualité, le
service, l’aide que nous trouvons sur notre chemin, le
combat intérieur afin de vaincre nos peurs, l’adversité et
repousser les limites qui bien souvent sont intérieures.
Je me suis étendu sur le lit, branché mon Mp3 :
«Ingrid Betancourt a été libérée par l’armée colombienne
dans ce qui semble être un coup sans précédent du
gouvernement…»
Que souhaiter de mieux dans
cette journée parfaite? Tout le monde dans la Maison des
Leclerc se réjouissait de cet événement. J’ai expliqué à M-A
qui elle était, ce qu’elle faisait et ce qui lui était
arrivé. Ces dénouements historiques des événements stimulent
toujours la sympathie à travers le monde. À cet instant,
nous faisions un avec le peuple colombien, le peuple
français et tous les autres peuples de la terre. Ces faits
chargés de sens relèvent d’un cran l’esprit de l’humanité.
Nous avons dormi paisiblement cette nuit-là.
Nous avons marché aujourd’hui pour :
Albert Villeneuve, Diane
Lambert, Colette Cousineau, Noella De La Bruère, Julien
Harvey-Giroux (9 ans), Thérèse Cousineau, Olivier Joli (3
ans, décédé), Blanche Nadeau, Mireille Beauregard, Marc
Vaillancourt, Monique Brick, Carmen X 2, Jeanine Yelle,
Monique Huot.
Cela nous touche de marcher pour eux, particulièrement
lorsque ce sont des enfants.
À plus tard
Marc-Antoine et Vincent.






